Archive annuelle décembre 28, 2021

ParL'Observatoire

À DAKAR, LE TRAIN EXPRESS RÉGIONAL EST SUR LES RAILS

Accompagné par l’Agence française de développement (AFD), le premier TER Dakar-Diamniadio est prêt à transporter les voyageurs. Ce 27 décembre 2021 a eu lieu l’inauguration de la ligne en présence du chef de l’État sénégalais Macky Sall et du directeur général du groupe AFD Rémy Rioux.

Le premier train express régional (TER) du Sénégal souhaite la bienvenue aux usagers sur la ligne Dakar-Diamniadio. Pour marquer le début de l’exploitation commerciale, une cérémonie d’inauguration a été organisée ce 27 décembre 2021 en présence du président de la République du Sénégal Macky Sall et du directeur général du groupe AFD Rémy Rioux. Lancé en décembre 2016, ce programme est appuyé depuis ses débuts par l’Agence française de développement.

Un projet colossal 

Le groupe AFD a participé à la construction de ce qui représente le premier train rapide du pays et de l’Afrique de l’Ouest francophone par le biais de trois prêts concessionnels successifs, d’un montant global de 230 millions d’euros. À cela s’ajoutent 750 000 euros de subventions afin d’accompagner la maîtrise d’ouvrage (expertise juridique, assistance technique…). La Banque africaine de développement (BAfD), la Banque islamique de développement (BID), le Trésor français et l’État du Sénégal font partie des cofinanceurs. Au total, un milliard d’euros ont été nécessaires pour réaliser ce projet. 

Sur près de 38 kilomètres, le TER va desservir treize gares et arrêts entre la banlieue de Dakar et la nouvelle ville de Diamniadio. « Si l’on compare à des projets similaires, la construction de ce TER a été rapide, souligne Claire Boisseau, responsable-pays Sénégal à l’AFD, en poste à Dakar de 2015 à 2018. C’est un beau projet d’infrastructure et de mobilité urbaine qui va permettre de désengorger la ville. » Un deuxième tronçon de 19 kilomètres qui reliera Diamniadio au nouvel aéroport devrait ouvrir au début de l’année 2024.

Répondre aux enjeux d’une ville en expansion

L’urbanisation croissante pose des questions de taille à la presqu’île du Cap-Vert : Dakar, où vivent déjà plus de trois millions de personnes, compte chaque année 100 000 habitants de plus. La récente autoroute à péage de la ville, soutenue par l’AFD, était une première étape pour lutter contre la saturation du trafic routier.

Avec le TER, il s’agit de désengorger encore un peu plus la capitale, de répondre aux problèmes d’un centre-ville hypertrophié et de banlieues dortoirs. Plus de 110 000 voyageurs devraient ainsi utiliser le TER au début de sa mise en service, et le chiffre pourrait quasiment doubler d’ici 2025. Car les usagers de ce train express régional verront leur temps de parcours largement diminuer : le gain est estimé à 45 minutes pour un parcours moyen à l’heure de pointe.

Ce train permet également de répondre à des enjeux de développement durable : « Le TER est une révolution en matière de système de transport collectif moins polluant », s’est ainsi félicité le président Macky Sall. « C’est un transport de masse avec un impact favorable sur l’environnement. Grâce à cette ligne, une réduction des émissions de gaz à effet de serre de près de 19 000 tonnes de CO2 par an est attendue », souligne Claire Boisseau. La construction du train express régional fait partie des projets phares du Plan Sénégal Émergent (PSE) initié par le président sénégalais.

L’accessibilité pour tous

La fréquence du train a été conçue pour pouvoir répondre aux besoins de la population : le cadencement sera de 10 minutes en semaine, et de 15 à 20 minutes les week-ends. La vitesse de pointe pourra avoisiner les 160 km/h. 

« D’ici la mi-janvier 2022, un travail d’appropriation progressive de l’infrastructure sera mené », précise Claire Boisseau. Des écoles et des associations seront notamment invitées à découvrir ce nouveau TER. La vente des billets suivra. Mieux connecter Dakar et sa banlieue relève de l’ambition sociale : « Trois zonages ont été déterminés pour une tarification qui se veut accessible », explique la responsable-pays Sénégal à l’AFD. Si les prix sont subventionnés, l’objectif est de tendre à terme vers une exploitation rentable. 

« Nous continuons d’accompagner la stratégie de mobilité urbaine du Grand Dakar : le groupe AFD a ainsi participé au financement de l’aéroport, de l’autoroute à péage, et maintenant du TER », énumère Claire Boisseau. Un projet de bus à haut niveau de service (BRT) sur lequel la filiale de l’AFD dédiée au secteur privé Proparco se positionne, avec la Banque mondiale, devrait être prêt début 2023. Pour 2022, l’AFD soutient également la mise en place de lignes de bus prioritaires, dites « de rabattement ». Un véritable réseau de bus qui reliera le TER aux BRT pour toujours plus de mobilités à Dakar. 

ParL'Observatoire

Sénégal : le TER, cadeau de Noël de Macky Sall

Attendu depuis longtemps, critiqué par l’opposition pour son coût jugé exorbitant, le Train express régional (TER) est enfin une réalité. JA l’a emprunté.

« Et pourtant il roule ! » C’est ce que le président Macky Sall, paraphrasant Galilée, pourrait lancer, ce 27 décembre au soir, à ses compatriotes depuis la gare de Diamniadio, lors de l’inauguration officielle du Train express régional (TER). Ce projet ferroviaire pharaonique, censé donner un nouveau souffle aux transports interurbains entre la capitale sénégalaise et sa grande banlieue – dont les études préparatoires avaient été lancées en 2014 et les travaux en 2016 -, aura fait couler beaucoup d’encre jusqu’à son entrée en service, déjà reportée.

Le trafic passagers (115 000 voyageurs par jour, selon les estimations) devrait atteindre son rythme de croisière d’ici à la mi-janvier, après un « programme découverte » offert aux usagers afin qu’ils puissent « s’approprier » dans un premier temps ce nouveau moyen de transport, dixit l’entourage présidentiel.

Chiffres vertigineux

« Avec un tel budget, j’aurais pu concevoir une liaison ferroviaire entre Dakar et Tambacounda [ville située à 460 kilomètres au sud-est de Dakar] », ironise un entrepreneur sénégalais, résumant les critiques souvent formulées contre le budget estimé de l’ouvrage. Les chiffres avancés oscillent en effet entre 750 milliards de francs CFA côté gouvernemental – 1,15 milliard d’euros – et 1 000 milliards selon l’opposant Ousmane Sonko – soit 1,5 milliard d’euros…À LIRESénégal : comment le TER de Macky Sall a déraillé

La construction du TER et de ses nouveaux rails a par ailleurs impliqué une vingtaine d’entreprises françaises – dont Eiffage, Engie, Thalès, SNCF – mais aussi turques et sénégalaises. Une autre critique récurrente faite au projet, qui n’aurait pas fait la part assez belle aux entreprises locales, même si le personnel recruté pour assurer l’exploitation du Train express régional est essentiellement originaire du pays.

Censé désengorger le trafic routier entre Dakar et sa banlieue (une agglomération surpeuplée qui concentre près du quart des 17 millions d’habitants du pays sur 0,3 % du territoire national), ce projet novateur en termes de transport urbain est, cette fois, sur les rails.

Une gare ressuscitée

Au lendemain de Noël, Jeune Afrique est allé s’en assurer. Au Plateau, en centre-ville, la gare de Dakar a retrouvé des couleurs. Niché face à la Place des tirailleurs africains, derrière la statue de Demba et Dupont –  le tirailleur sénégalais et le marsouin français -, ce bâtiment d’inspiration coloniale datant du début du XXe siècle était devenu un vestige architectural plus qu’un hub ferroviaire.

Pour seule activité, au cours des dernières années, cette gare devenue orpheline avait dû se contenter du « Petit train de banlieue » (aussi dénommé « Petit train bleu »), une connexion banlieusarde archaïque reliant Dakar à Rufisque en passant par Thiaroye. Et, en guise de « grandes lignes », d’une liaison entre Dakar et Saint-Louis (au nord), hors d’usage depuis des années, et du fameux chemin de fer Dakar-Niger, qui permettait de rallier Bamako en 36 heures, une fois par semaine.

Ce dimanche 26 décembre, la donne a changé. Dans le hall – modernisé – de la gare de Dakar, une boutique Aelia et un Relais H sont encore en sommeil en attendant leur ouverture au public, tandis que des techniciens de la Radio-Télévision sénégalaise (RTS) déploient leurs câbles afin d’immortaliser l’événement. Pour accéder aux quais, des tourniquets modernes assureront demain le filtrage.

Sous le regard vigilant de gendarmes et de militaires – dont l’un, en treillis, filme l’événement tel un journaliste-reporter d’images -, un groupe de lycéens emmenés par un guide de la Seter (la société d’exploitation du TER, qui cédera bientôt la place à la sénégalaise Senter) s’ébroue sur les quais à la découverte des rames ultramodernes qui suppléeront les « cars rapides » hors d’âge, les « Ndiaga Ndiaye » (minibus) bondés et les « taxis clandos ».

Climatisation et rames silencieuses

Entre Dakar et Yeumbeul, une commune de la grande banlieue, JA a pu tester le TER à la veille de son entrée en service. Autant le dire sans ambages : le résultat – fût-il jugé trop tardif ou trop onéreux – dépasse de loin les espérances. Rames ultramodernes, silencieuses et confortables, wifi et climatisation généralisés, prises électriques entre les sièges dans les wagons de première classe, permettant de brancher un ordinateur ou de charger son téléphone portable…

À vide, si l’on devait le comparer à ses homologues français, le successeur du Petit train bleu aurait plus à voir avec un TGV qu’avec une rame de RER entre Les Halles et Torcy-Marne-la-Vallée, en région parisienne.